Balance ton porc : Une réflexion sur le langage et l’image du cochon
L’expression « Dénonce ton porc » résonne avec force dans l’espace public, mais que signifierait-elle si un cochon pouvait y répondre ? Probablement interloqué, il grognerait, perplexe face à cette association injuste entre son espèce et des comportements répréhensibles. Pourquoi donc cet animal, pourtant symbole d’abondance dans l’Antiquité, se retrouve-t-il affublé d’une image si négative ?
Depuis toujours, les humains attribuent aux animaux leurs propres défauts et vertus. Steven Spielberg, par exemple, a involontairement contribué à la diabolisation du requin avec Les Dents de la mer, inspiré du roman de Peter Benchley. Dans un tout autre registre, Jean de La Fontaine a largement anthropomorphisé les bêtes pour illustrer la nature humaine : la cigale insouciante, la fourmi laborieuse, le loup cruel, le chien servile, ou encore les rats au mode de vie contrasté. Ainsi, l’humain prête à l’animal des traits qui, en réalité, n’appartiennent qu’à lui.
Le cochon, omniprésent dans notre culture culinaire et iconographique (tout est bon dans le cochon), se retrouve pourtant enfermé dans une connotation péjorative. L’expression « Dénonce ton porc », dénuée de comparaison explicite, a imposé l’image d’un animal associé à la saleté et à l’excès. Pourtant, dans de nombreuses civilisations anciennes, le porc symbolisait la fertilité et l’opulence. Pourquoi cet animal s’est-il retrouvé transformé en métaphore du vice ?
Curieusement, l’image du cochon ne se limite pas à la souillure. Il suffit d’observer les tirelires en forme de porcelet, dont la couleur nacarat, la fente monétaire et la posture figée en porcelaine évoquent davantage l’abondance que la dépravation. Plus étonnant encore, certains aéroports utilisent des cochons comme animaux thérapeutiques pour rassurer les passagers anxieux, prouvant ainsi que l’animal peut être associé à la douceur et au réconfort.
Malgré ces images positives, le langage perpétue une vision biaisée du cochon. L’expression « sale porc » illustre bien cette déformation culturelle. Dans le film Pain, amour et fantaisie de Luigi Comencini, Gina Lollobrigida lance même : « Reste polie, même un porc peut faire un bon mari. » Une phrase qui traduit à quel point la langue peut enfermer un animal dans un rôle qu’il n’a jamais choisi.
Finalement, ne serait-il pas temps de remettre en question nos métaphores accablantes et de laisser le cochon être simplement ce qu’il est : un animal, ni plus ni moins ?
